novembre 26, 2022

Miroir – Ariane Yadan

MIROIR – 2019 sérigraphie sur miroir, caisson pvc et pmma, moteur à buée, 40 x 60 x 10 cm. SANDRA DOUBLET à propos de l’oeuvre : On devrait faire un trou dans une glace afin que l’objectif puisse saisir votre…

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MIROIR – 2019

sérigraphie sur miroir, caisson pvc et pmma, moteur à buée, 40 x 60 x 10 cm.

SANDRA DOUBLET à propos de l’oeuvre :

On devrait faire un trou dans une glace afin que l’objectif puisse saisir votre visage le plus intime à l’improviste… » (4)
Le moi est autant illusion de soi que fantasme d’autrui. Ariane Yadan pratique l’autoportrait, elle utilise son visage comme une matière foisonnante, unique et infinie. Son visage est régulièrement moulé ou photographié en polaroïd dans des scènes quotidiennes et fantasmagoriques, accentuées parfois par un imaginaire spirituel. Avec la pratique du polaroïd et du moulage, le modèle apparaît au plus proche d’une image naturelle, mais en inscrivant son visage dans la matière, elle le mortifie, comme pour souligner le caractère temporel du moi.
Dans ce miroir embué, on cherche en vain une forme d’expressivité. On y découvre à la place un visage nu, yeux clos, l’accès à une intériorité est empêché en l’absence du regard de l’artiste. Ariane Yadan s’est inspirée d’un moulage célèbre, celui de l’inconnue de la Seine, visage serein de femme moulé après qu’elle ait été repêchée sans vie dans le fleuve. Ce moulage a connu une grande diffusion auprès des artistes et chez les particuliers au XIXe siècle. Dans cette vision spéculaire, au creux de cette buée imprimée, le figé frais des traits de l’artiste apparaît comme un interstice entre reconnaissance de soi et impossibilité de se voir complètement. Une référence formelle à Marcel Duchamp est également présente. L’artiste citait comme manifestation exemplaire de l’inframince la présence de buée sur des surfaces polies ; elle y est considérée comme une apparition discrète et ténue, une fixation à peine perceptible, à la limite de la disparition.

4.Picasso cité par Brassaï, Conversations avec Picasso, Paris, Gallimard, 1964, p. 147

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